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 Mon aventure commence par ma mort /o/

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Ezilann
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Féminin
Feuille de personnage
Âge: 17 ans
Couleur de dialogue: #005000
Inventaire:

MessageSujet: Mon aventure commence par ma mort /o/   Dim 1 Aoû - 10:09

Prénom : Ezilann

Nom : Okinoyan

Surnom : Ezi

Couleur de dialogue : #005000

Race : (hybride loup) non-mort (youhou first one /o/) vampire pour être précise

Age : 17 ans

Armes : Elle évite le combat, mais au besoin elle peut dégainer en un réflexe les bolas dissimulées dans ses manches. Il s'agit d'un poids recouvert de tissu inflammable solidement arrimé à l'extrémité d'une chaîne, celle-ci étant aussi longue qu'un bras. Elle en possède une paire. La mèche (le poids à l'extrémité de la chaîne dans le jargon) a la forme d'une poire, de couleur gris métallique et semble couverte de petites stries : il s'agit en fait des replis du tissu inflammable. Très fin, il est enroulé de nombreuses fois autour de la mèche pour la recouvrir complètement. Concrètement, ce n'est pas une arme très efficace, mais l'effet de surprise peut toujours être utile.
Elle dispose en outre d'une botte secrète : ses ongles apparemment ordinaires bien qu'un peu longs pour une fille de la route sont aussi coupants qu'une lame de rasoir. Idem pour ses dents, aiguisées mais pas pointues, la différence est donc invisible.

Style de combat : Une agression ? En une fraction de seconde elle fait surgir les bolas dissimulées dans ses manches et en assène un bon coup sur le crâne de son adversaire. En cas de véritable combat elle fait tournoyer ses armes autour d'elle à une vitesse que peuvent difficilement suivre les yeux du paysan lambda, mais qu'un combattant expérimenté pourra saisir. Au bout de quelques dizaines de secondes l'échauffement provoqué par le frottement de l'air enflamme les mèches, il devient alors difficile de l'atteindre sans un peu de stratégie. Si elle ne met pas fin au combat rapidement, elle préférera toujours fuir que s'entêter et risquer une inutile blessure.

Taille : 1m65 ou un peu plus

Poids : 60kg

Caractère : Ezilann ne vit que pour une seule chose : retrouver quelqu'un. Elle reste très discrète sur ce point par peur d'être blessée, aussi très peu de gens arrivent à comprendre ses motivations. Tout ce qu'ils savent, c'est que pour atteindre son but, elle est prête à tout.
Cette jeune fille est totalement indépendante. Solitaire, même. Elle peut rester des mois sans la compagnie d'un être vivant sans se sentir particulièrement seule.
Elle n'est pas facile à cerner car, se méfiant énormément des êtres humains, elle a une fâcheuse tendance à déguiser ses sentiments. Elle reste généralement très fermée, parlant le minimum nécessaire. Plus elle est amenée à se livrer et moins elle se sent en sécurité. On pourrait croire qu'elle se livre d'avantage aux personnes qui lui sont proches. Seulement, personne ne répond à ce critère. Elle préfère éviter au maximum les relations, deux raisons à cela : Elle sait que personne ne pourra l'aider à atteindre son but, et elle sait qu'elle sera obligée d'abandonner ses compagnons au bord du chemin, voire de les sacrifier à un moment ou un autre. Elle n'a pas besoin de cette souffrance. De plus, elle se sent un peu "à part". De part sa nature d'hybride, pendant toute son enfance elle a été différente, et seule. Maintenant qu'elle est devenue non-morte et qu'elle est liée à un esprit bien au delà des hommes de par son pacte, elle se sent bien loin des hommes ordinaires. Oh, non, pas supérieure, juste différente, comme si elle appartenait à un autre monde, à d'autres préoccupations.
Cependant, si malgré sa froideur quelqu'un voulait rester à ses côtés, elle serait tout d'abord surprise, même choquée. Et puis, elle se dirait que chacun est libre de diriger sa vie et n'empêcherait personne de voyager avec elle. En vérité, elle est si peu habituée à ressentir de l'attachement pour quiconque que si quelqu'un parvenait à devenir un tant soit peu son ami, elle deviendrait probablement extrêmement fidèle à cette personne et n'hésiterait pas à prendre des risques pour elle... à moins que cela n'interfère avec son but.

Physique : Ezilann n'est ni grande ni petite, ni grosse ni mince, en fait, son physique n'est pas vraiment remarquable. Ses cheveux bruns se teintent de reflets roux à la lumière du soleil. Ils sont coupés en dégradé, lui laissant quelques mèches devant les yeux et allant s'étendre jusqu'au bas de son dos. Lisses et fins, ils volent et s'emmêlent très facilement, ce qui explique qu'ils soient beaucoup cassés et abîmés. Si vous passez vos doigts dedans, outre quelque nœuds, il y a fort à parier que vous tombiez sur quelques brindilles. Son visage, souvent fermé et dénué d'expression, se remarque pour le seul détail un peu remarquable de sa physionomie : ses yeux d'un illuminant vert émeraude, pur et sans tâche comme des pierres précieuses. Ses longs cils bruns viennent les voiler un peu moins souvent que pour un simple humain. Sa peau est très légèrement brunie, mais trop peu pour une personne vivant depuis toujours sur les routes : c'est que sa vie s'est essentiellement passée jusqu'à présent sous le couvert des frondaisons. De plus, son hybridation empêchait un bronzage normal, et depuis sa vampirisation sa peau ne bronze plus. Elle a l'arête du nez très droite, les lèvres sèches. Ses dents sont très aiguisées, mais pas plus pointues que celles des humains : cette différence est invisible à l'œil nu, même pour un hybride à la vue plus perçante que celle des humains. Sa mâchoire est en outre plus puissante que celle des humains, tout comme son estomac. Ses membres sont longs et plutôt fins, bien que dotés de muscles puissants, sans être exceptionnels.
Côté vêtements ils sont très neutres, généralement bruns, noirs ou vert sombre. Un haut tout simple, un bête pantalon de toile brute et une cape discrète lui conviennent parfaitement. Elle possède une besace couleur terre, de celles où on peut fourrer une quantité de choses incroyable avant qu'elle ne soit pleine à craquer. Mais elle n'y transporte à vrai dire que bien peu de chose : depuis sa mort elle n'a presque plus besoin de manger ni de boire, et dormir à la belle étoile ne la dérange absolument pas. Pour finir, elle porte d'épaisses bottes de cuir.
Des signes particuliers ? De nombreuses cicatrices de brûlure sur tout le corps, dont une sur le bras gauche en forme d'oiseau. Elle cache soigneusement ses cicatrices à la vue de tous. Si on allait mettre son nez contre sa peau nue ou dans ses vêtements un peu trop vieux, on détecterait une légère odeur de mort. Son hybridation tout comme sa vampirisation ne laissent presque aucune trace sur son physique. Elle est un peu plus forte et un peu plus endurante que les humains normaux, mais ce n'est pas flagrant. De nombreux humains ont plus de force qu'elle. En revanche elle résisterait plus longtemps à des conditions difficiles (privation, froid, manque d'oxygène...) De plus elle n'a presque pas besoin de manger ou boire. Au final sa différence la plus flagrante ce sont ses ongles et ses dents, aussi coupants qu'une lame de rasoir. Mais même ça, c'est indétectable tant qu'on n'y met pas ses vilains doigts...

Histoire :

Première partie
Enfance perdue

Je suis née dans l'Est de la forêt de Bhürholz, pas très loin d'un village humain qui n'existe plus depuis longtemps. Ma famille vivait isolée des hommes depuis longtemps. Mes parents m'avaient expliqué que j'avais dans mes aïeux une personne que les autres ne voulaient pas voir parmi eux. Nous vivions donc à l'écart, dans notre vieille ferme où il y avait toujours des réparations à faire et jamais assez de bras pour s'en occuper. Mon enfance ? Les brebis et les chiens, les tuiles à aller replacer sur le toit et les pièges à rat à installer sur la charpente de la grange. Mais même si nous habitions à l'écart, le village ne nous rejetait pas. Parfois, lorsque nous avions besoin de sel pour conserver la viande ou des services de l'herboriste, mes parents me laissaient y aller, et je n'y étais pas mal accueillie. J'avais un peu peur des humains, en ce temps-là. Instinctivement, sans savoir ce qui en était la cause, je les avais différenciés de ma famille. J'avais déjà compris que nous n'étions pas de la même race, même si mon grand-père paternel était le seul membre de ma famille à avoir un aspect légèrement différent des humains, avec ses oreilles effilées, ses crocs, et ses griffes aux mains et aux pieds. Papa me disait que les gens du village avaient peur de nos aïeux qui ressemblaient à des loups bien plus que grand-père, mais que ces dernières générations, nos relations s'étaient beaucoup améliorées. Je pouvais aller au village, les gens me demandaient des nouvelles de ma mère, si le travail à la ferme n'était pas trop dur pour une fillette de sept ans. Mais jamais ils ne s'inquiétaient du sort de mon père ou de mon grand-père. Normal : c'était de leur côté que venait notre sang de loup, et c'était pour mon humaine de mère qu'ils s'inquiétaient. Que croyaient-ils ? Que nous allions la dévorer si nous manquions de provisions ? Apparemment, puisque si je répondais que l'on voyait le fond du grenier à blé, ils n'hésitaient pas à me donner de la viande et de la farine à crédit. Surtout de la viande. Elle était si chère qu'on ne pouvait pas se permettre d'en acheter souvent. Ça ne me dérangeait pas vraiment, je n'avais jamais beaucoup aimé la viande, encore moins cuite comme maman l'aimait tant. Pourtant, il fallait voir comment papa et grand-père dévoraient des quartiers entiers encore frais. Mais bon. Ce n'est pas le sujet.

Le village, malgré tout, je n'aimais pas beaucoup y aller. Malgré les sourires et l'intérêt que me portaient les villageois, je n'aimais pas leurs regards. Et ils n'aimaient pas non plus ma façon de les regarder. Les enfants ? Des gamins. Était-ce à cause de ma partie loup, ou de la vie que je menais depuis ma naissance ? J'étais bien plus mûre que tous ces gosses, même à sept ans. Tous ces enfants qui allaient à l'école et jouaient à la marelle trois fois par jour, mangeaient mieux que moi sans rien avoir à faire et ne craignaient rien de pire qu'une claque aux fesses ou un coup de bâton sur les doigts, et trouvaient encore le moyen de pleurnicher à longueur de journée... ils m'énervaient. Je m'en rends compte maintenant, mais ma réaction était bien puérile. De la pure jalousie en fait, même s'ils étaient réellement des gamins stupides. Mais parmi eux, j'avais accroché un regard. Un regard de glace qui m'avait aussitôt touchée en plein cœur et m'avait lié irrésistiblement à lui. Mais ça, je ne devais le comprendre que plus tard. Bien plus tard. Ma petite enfance s'enfuit ainsi, étouffée par le travail et le regard des hommes. Petit à petit je comprenais qui j'étais : une hybride, une presqu'humaine, un rebut de l'humanité. Et j'évitais encore plus le village. J'avais la chance de pouvoir y pénétrer, contrairement à mon géniteur. Et je m'en fichais. J'avais compris ce que j'étais, et pour mon malheur, les autres enfants aussi. Même s'ils ne saisissaient en rien tout ce que cela impliquait, ils avaient vite compris qu'ils ne se feraient pas punir si c'était sur moi qu'ils lançaient leurs mauvaises blagues. Ou leurs pierres, ça dépendait des jours. Mais il y avait toujours ce regard. Parmi ces minis-humains il y avait elle. Elle, elle ne lançait pas de pierres. Elle n'ouvrait pas la bouche et ne montrait pas le poing. Elle me regardait. C'est tout. Et elle accrochait mon regard irrémédiablement.

Puis vint un hiver moins rude que les autres, où la cheminée ronflait comme jamais dans la grande pièce où moi et mes parents nous vivions. J'avais alors douze ans, et il y avait une idiotie que je voulais faire depuis longtemps. Finalement, je n'étais pas si loin des gamins que je détestais tant... L'hiver, il y avait bien moins de travail à la ferme. Mon grand-père était mort l'année passée, sans qu'il m'ait laissé un souvenir impérissable, et mes parents ne faisaient pas vraiment attention à ce que je faisais. Ils avaient confiance en moi, ou plutôt savaient bien que je n'étais pas assez stupide pour aller faire des choses dangereuses en dehors du travail. Et quoi qu'il arrive, je serais toujours rentrée pour l'heure du repas. Je suis sortie du bâtiment où nous vivions, et je frissonnais en sentant la neige glacée s'infiltrer à l'intérieur de mes vieux souliers. Je me souviens avoir juré à ce moment-là de voler du fil à ma mère pour les repriser, malgré leurs commentaires faussement indignés sur leur excellent état. Mais je ne me souviens pas l'avoir fait, au final. J'ai soigneusement poussé le lourd panneau de bois et de métal rouillé pour que l'air glacé ne s'infiltre pas dans la pièce que nous avions la chance de pouvoir correctement chauffer. Puis j'ai commencé à marcher sur le sentier qui menait au village, le long de la lisière de la forêt. Lorsque les premiers toits furent en vue, je bifurquais et m'enfonçais entre les arbres. Comme ce souvenir est présent en moi... Lorsque je suis en forêt, en ce temps-là comme après, je me sens bien. Normal. Après tout, je suis à moitié loup. Les sensations que j'ai éprouvées ce jour-là, elles sont toutes en moi. Vous vous demandez quelle est cette idiotie que je voulais absolument réaliser ? Et bien la voilà : jouer dans la neige. Me rouler dedans, m'en foutre partout dans les cheveux et les vêtements jusqu'à grelotter, trempée, mais heureuse. Et surtout, surtout, descendre une pente enneigée sur une plaque d'écorce. Ne riez pas, j'ai vu les enfants du village le faire. Et ça avait l'air jubilatoire. Jouer dans la neige, je ne pouvais pas me le permettre. Rappelez-vous, à la ferme, on ne pouvait pas faire tourner la cheminée à plein régime : on n'aurait jamais eu assez de bois pour tenir tout l'hiver. Mais puisque cette année la saison était plus douce... Alors oui, j'ai joué. J'avais repéré une clairière un peu pentue dans le Bhürholz, où l'absence de traces de pas prouvait que les gamins du village n'avaient pas investi le lieu. Quand aux animaux sauvages, j'avais remarqué depuis longtemps qu'ils avaient tendance à s'enfuir à mon approche. Après tout, peut-être traînais-je encore une pâle odeur de loup. Je suis restée un long moment seule, à batifoler dans la poudre blanche, plusieurs heures peut-être, riant aux éclats sans plus me soucier de rien. Et soudain, je me stoppais. Quelqu'un. Je me suis aussitôt rabattue au sol, espérant que mes cheveux bruns étaient assez couverts de neige pour paraître invisibles. Mais ce n'était bien sûr pas le cas. Et puis il était évident que l'humain m'avait vue. Je le scrutais, et ne puis retenir un grognement de surprise : c'était Elle. Ses yeux arctique étincelaient au milieu des flocons, et ses fins cheveux noirs venaient voiler de temps à autres sa peau opaline. Lentement, je me suis relevée. Elle me fixait, elle aussi, sans ciller. Nos regards se rencontrèrent, et à cet instant, rien n'aurait pu nous séparer.

-Bonjour.

Je sursautais. C'était la première fois que j'entendais sa voix. Elle était claire comme le cristal.

-Bon... jour.

Je dois l'avouer : en ce temps-là, je ne savais pas parler aussi bien que les enfants humains. Avec mes parents, nous échangions plus par signes et onomatopées signifiantes que par des phrases construites, et au village, je ne prononçais que le strict minimum : le nom de ce dont j'avais besoin. Et encore, quand je ne le désignais pas du doigt. Mais l'enfant humaine ne se formalisa pas.

-Comment vas-tu ?
-Que, je.. ?

Il y eut un blanc. Un long silence. Je ne savais quoi lui répondre. Je connaissais les mots pour formuler la réponse, mais je n'arrivais pas à les ordonner. Tout tournait dans ma tête. Finalement, j'optais pour la réponse la plus simple et la plus naturelle à mes yeux : Un grognement approbateur, et un large sourire qui découvrait toutes mes dents. L'inconnue parut surprise, mais la seconde d'après, elle me rendit mon sourire. Le sien était retenu, un peu timide, une sorte de demi-sourire, mais ses dents brillaient à l'éclat de la neige.

-Que tu viens faire ici ? demandais-je maladroitement, m'approchant d'elle de quelques pas, tout en restant prudente.

-Oh... simplement... admirer un peu la neige. Vierge de toute trace humaine.

Elle leva les yeux vers le ciel, duquel tombèrent quelques flocons égarés. Les minces cristaux de glace touchèrent ses cheveux noirs, sa peau claire, et se perdirent dans les méandres de sa lourde cape blanche. Jamais je n'avais vu à l'époque un vêtement d'une telle couleur. De quelle peau, de quelle laine provenait-il ? Cela m'intriguait, mais plus encore, son regard timidement souriant et ses manières retenues captaient toute mon attention. En fait, elle me faisait penser... à une adulte. Et elle me fascinait.

-Tu aimes la neige ? dis-je, en essayant de mieux la cerner.
-Oui... j'aime la neige. J'aime le vide qui recouvre le monde. Tout devient silencieux... froid... immobile... Tout est calme. C'est comme la mort, mais en beaucoup plus doux.

Encore aujourd'hui, je ne sais pas très bien quelle émotion s'est emparée de moi en l'entendant dire ces mots si tranchants avec un regard aussi doux. Je me suis sentie triste et en colère, terriblement en colère. Les mots ont dépassé ma pensée.

-Pourquoi tu dis c'est comme la mort ?! L'hiver va finir ! Le printemps va être ! Et on va tous vivre, ensemble, sur la terre ! On dirait tu trouves ça heureux, la mort, mais tu as le visage triste...

L'humaine se figea, et planta son regard dans le mien. Je ne savais pas comment affronter ces yeux coupants comme de la glace, mais il m'était totalement impossible de m'en détourner. Elle ouvrit la bouche, et l'une de ses lèvres frémissait.

-Tu trouves que j'ai le visage triste ?

J'ai acquiescé. Et aussitôt, sans que je comprenne pourquoi, elle a fondu en larmes.

Nous sommes restées longtemps par terre, dans la neige qui fondait autour de nous. Deux fillettes que la neige recouvrait doucement... J'essayais de la réconforter du mieux que je le pouvais en frottant ma joue contre sa tête ou en calant la sienne sous mon menton. Je ne connaissais pas d'autre méthode pour rassurer. Elle mit un long moment à se calmer. Lorsqu'enfin elle releva ses yeux clairs sur les miens, je ne pus m'empêcher de lui demander :

-Ca va ?

Ce à quoi elle répondit :

-Pas spécialement. Mais maintenant, ça va...
-Tu...

Je voulais lui demander ce qui lui causait tant de peine, mais j'avais peur de ranimer ces larmes qui avaient eu tant de mal à s'éteindre.

-Tu t'appelles comment ? finis-je par demander.
-Kalaka de Rie Jienna. Et toi ?
-Ezilann.
-Tu n'as pas de nom ?
-Ezilann Okinoyan.
-Enchantée Ezilann, me dit-elle avec un sourire bien plus franc, bien plus rieur que la première fois.
Elle me tendit une main. Je l'observais avec curiosité.

-C'est comme ça que les gens se disent bonjour, tu ne l'as jamais fait ?

Je secouais la tête, par la négative. Avec qui ? Mes parents ? Les gens du village peut-être ? Alors elle prit doucement mon poignet. Je frissonnais, car ses doigts étaient glacés. Elle glissa sa main dans la mienne, la leva, puis l'abaissa doucement.

-Enchantée Ezilann, répéta-t-elle. Réponds-moi la même chose, avec mon prénom à la place du tien.
-En... Enchantée Ka... Kala...
-Tu peux m'appeler Kal, ce n'est pas un problème, ça marche aussi.
-Enchantée Kal, répondis-je avec un grand sourire. C'est quoi "Kal" ?
-C'est un diminutif. Parfois, lorsqu'on est ami avec quelqu'un, on ne dit pas son nom en entier, mais juste le début.
-"Ami" ?
-Oui, ça veut dire qu'on est proches, qu'on s'entend bien, euh... qu'on aime passer du temps ensemble, quoi.
-Alors... alors on va encore avoir du temps ensemble ? demandais-je pleine d'espoir.
-Bien sûr ! Enfin seulement si tu veux.
J'acquiesçais vivement, plusieurs fois.
-Je veux être "ami" ! Donne-moi dimèneutif aussi ! quémandais-je comme un jeune loup assoiffé.
-Que dirais-tu de... "Ezi" ? C'est court, ça sonne bien.
J'acquiesçais de nouveau, souriant radieusement.
-Alors on recommence : Enchantée Ezi, dit-elle en me tendant la main.
Je la pris et la secoua avec enthousiasme.
-Enchantée Kal !
Nous sourîmes l'une à l'autre, l'une avec retenue, l'autre avec emphase.

C'est ainsi que je reçu ma première leçon d'humanité, à laquelle allaient suivre de nombreuses autres, aux côtés de Kalaka. Kal... C'étaient probablement les plus heureuses années de ma vie. Bien sûr, ma vie d'aventures et de voyages me plait, j'ai goût à la vie, mais rien ne vaut je pense le temps de l'insouciance. Je travaillais à la ferme, et dès que j'avais un peu de temps j'allais rôder aux abords du village dans l'espoir d'apercevoir Kal. Elle m'avait expliqué que pendant la journée elle allait à "l'école", un peu l'équivalent de mon travail, c'était comme ça que je le comprenais. Je ne pouvais donc espérer la voir que le soir, et ce lorsque le temps était clément, et que ses parents étaient d'humeur à la laisser. Car oui, pour ce que j'apprenais de sa bouche, ses parents étaient forts différents des miens. Kal avait une santé fragile, elle ne sortait jamais sans une cape incroyablement lourde et chaude, sous laquelle elle portait encore un ou deux pulls épais. L'hiver, j'avais peu de chances de la voir, d'autant que la nuit tombait vite et que ses parents tenaient à l'avoir auprès d'elle après le coucher du soleil.
Ses parents... Assez... lunatiques, d'après mes souvenirs de ses récits. Tantôt à la surprotéger, tantôt à lui crier dessus, elle ne savait plus vraiment comment se comporter avec eux. Alors elle avait décidé de ne plus rien attendre d'eux. Voilà pourquoi elle dégageait cette impression d'être déjà adulte avant l'heure. Durant toute notre enfance, je l'admirais. Contrairement aux enfants humains puériles et aux adultes humains méprisants, elle s'intéressait à moi, nous discutions, nous jouions, nous vivions pour ainsi dire ensemble. Elle me regardait lui faire des mimiques en souriant, là où un humain aurait vu l'expression la plus pure de l'animal sauvage qui sommeillait probablement en moi. J'aimais tant me frotter contre elle, la câliner et la sentir me câliner. A tel point qu'en vérité, la première fois qu'elle m'a embrassée, je n'ai pas trop compris ce que cela impliquait. Ce fut pour moi une nouvelle leçon d'humanité, peut-être la plus importante de toutes. J'avais seize ans, elle en avait dix-sept, et nous vivions l'une pour l'autre. Bien sûr, ce n'était pas sans poser quelques problèmes. Ses parents l'empêchaient de me voir, voyant d'un mauvais œil ce qu'ils croyaient être une amitié dangereuse, et n'était qu'un amour fusionnel. Nous étions faites l'une pour l'autre comme deux pièces d'un puzzle. Je ne dirai pas que nous nous comprenions parfaitement, bien au contraire. Tant de fois je l'ai vue tourmentée, et ai été incapable de lui faire dire ce qui n'allait pas, ni de la réconforter. Et elle non plus, elle ne pouvait pas comprendre ce que je ressentais face aux regards assassins des villageois lorsque je l'attendais devant chez elle, et encore moins la fureur qui s'emparait de moi lorsque c'était vers elle que se tournaient les visages furibonds ou désolés, comme s'ils étaient déçus qu'une jeune fille comme elle finisse par fréquenter une créature telle que moi. Le village tout entier ne la considérait plus du tout comme avant, tout ça à cause de moi. Mais ce n'était rien, non, vraiment rien, à côté de ce qui allait bientôt causer la quête de ma vie et surtout mes regrets éternels.

L'hiver était très rigoureux cette année-là. J'avais toujours seize ans, elle en avait bientôt dix-huit. Elle voulait absolument "fêter" le jour où nous nous sommes parlées pour la première fois, dans cette clairière enneigée. Encore une habitude humaine, fêter les dates importantes lorsqu'elles reviennent, chaque année, pour "l'anniversaire". Et Kal tenait beaucoup à ces dates. Je me rappelle, lorsque nous étions encore très jeunes, elle m'avait demandé ma date d'anniversaire. J'étais bien incapable de lui répondre, et elle en avait été si dépitée. Du coup, j'ai été la demander à ma mère toute étonnée. "A la saison des germinations, vers le milieu, ou la fin" m'avait-elle répondu. Lorsque je l'ai répété à Kal elle m'a répondu qu'elle était née le premier jour de la première décade des germinations, et elle a rit. Depuis, elle me le souhaite chaque année le premier jour de la dernière décade de la saison.
Mais pardon, je m'égare. C'est si étrange de retrouver tout ces souvenirs perdus... Tout ces souvenirs si précieux que j'ai dû abandonner, perdre, sacrifier entre autres choses toutes aussi importantes, pour pouvoir récupérer ce que j'ai perdu, cette fameuse nuit, celle que jamais je n'ai oublié... L'hiver était donc rigoureux cette année-là. Elle voulait fêter l'anniversaire de notre rencontre. Depuis l'hiver précédent, nous avions pris l'habitude de nous retrouver la nuit tombée aux abords de la forêt où dans les vieilles granges de la ferme, où rien ne nous dérangeait. Cette nuit-là, elle m'avait demandé de l'attendre dans la clairière de notre rencontre. Elle avait dit qu'elle ne serait pas longue, mais que je devais m'attendre à passer une nuit blanche. Je dois dire que j'étais impatiente de goûter au programme de la soirée. Il reste gravé dans mon cœur à jamais. J'attendais cette nuit, et jamais je n'ai cessé de la regretter.

[pour ce passage, qui peut former une nouvelle à lui seul, "tu" désigne Kal...]

Nuit blanche
Je l'attendais, comme chaque soir, au creux de notre vallée, là où pour la première fois nous nous sommes parlées. Là où tu m'as dit bonjour et où je n'ai pas su te répondre. Je souriais. J'étais bien idiote à l'époque.
La colline était blanche, comme au premier jour. Enfin, plutôt bleue sous la lumière lunaire. Ce paysage bien connu où nous nous sommes connues. Ce paysage qui nous a connues.
Je m'assis dans la neige immaculée, provoquant la chute de quelques ultimes flocons de neige, probablement restés bloqués dans les branches d'un arbre, quelques mètres à peine avant de finalement échoir sur le duvet opalescent de la terre.
Je respirais calmement, me laissant envahir par l'air glacial de cette rigoureuse nuit hivernale. Mes origines me protégeaient des assauts du froid, mais qu'en était-il de toi ? J'espérais seulement que tu arriverais vite.
La lune monta, projetant son ombre claire sur la forêt environnante, la teintant de bleu et de blanc, créant une impression irréelle. Malgré tout, je frissonnais. J'aurais peut-être dû faire quelques pas, pour me réchauffer, mais cela m'était interdit par ma fierté. Tu avais raison de dire que j'étais une enfant bien stupide. Et moi qui te répondais qu'à seize ans, je n'étais plus une enfant...
Que faisais-tu, pendant que je t'attendais, seule au milieu de la neige immaculée ? Je ne le saurai probablement jamais. Sinon, j'aurais remonté le temps pour éviter cette nuit. Le vent était léger. Calme. Qui aurait pu prédire que tout allait soudain se briser, en un instant ?
Il n'y eut rien. Et d'un coup il y eut tout. Un grand éclair blanc. Le brouillard. Un cri : "Ezi !!" Moi qui t'appelais : "Kal !!!" Et puis tout redevint sombre. La lune brillait, et tout commençait à redescendre doucement dans le ciel noir d'encre. La neige était devenue terne. J'ai couru. Cette nuit-là, j'ai couru. J'ai couru en tous sens, traversé la forêt de part en part, du moins, c'est l'impression que j'avais en m'écroulant finalement, au milieu de nulle part. Le soleil se leva, blanc, comme l'hiver. La neige scintilla, mes larmes gelèrent sur mes joues, et je su que je t'avais perdue.
Pour toujours.


Deuxième partie
Liens éternels

Ce souvenir, il n'a jamais cessé de résonner dans mon cœur et de hanter mes nuits. Car après cela, je suis restée immobile, comme presque morte, étendue contre un tronc à fixer le ciel vide devenir peu à peu plus gris. Et puis, j'ai pris une décision : celle de la retrouver. A tout prix.
Je savais que ce que je voulais était, dès le départ, impossible. Et pour défier l'impossible, il fallait être prêt à tout quitter, y compris une partie de moi-même. J'étais prête à tout offrir en échange de quelques minutes de plus passées avec Kal, à l'exception d'une seule chose : le souvenir de cette nuit. Parce qu'il fallait que je me souvienne. Que je me souvienne que l'aboutissement de ma quête, c'était elle. Kal. Kal... Et au final, c'était à peu près tout ce qui me restait.
Je me suis donc levée, et ai examiné ce que je possédais : quelques vêtements, mes souliers toujours défoncés, ma besace qui ne contenait rien d'autre que quelques vêtements de rechange, un pain, une outre d'eau et les bolas que j'avais pris le temps de fabriquer principalement pour amuser Kal lors de nos longues nuits passées ensemble. Nos trop courtes nuits. Nos maintenant perdues nuits. J'ai examiné l'endroit où je me trouvais : des arbres, et des rochers, à perte de vue. J'ignorais même où je me trouvais. Peu importe, je ne possédais rien à la ferme. Peut-être un duvet que j'aurais pu emporter, et quelques pièces que j'aurais dû voler, mais rien de plus. Mes parents, je m'en fichais, et ceux de Kal...
J'ai repéré un endroit où l'horizon semblait plus haut, j'ai marché jusque là et me suis retrouvée au sommet d'une colline à pic. Au loin, au creux d'une vallée, se trouvait la ville de Sycher. J'ai dû vite m'adapter à ce nouvel environnement. J'étais habituée à éviter ceux qui me regardaient de travers pour éviter les remarques blessantes et les jets de pierre, je devais maintenant apprendre à me méfier des gens un peu trop souriants qui voulaient m'inviter à boire un verre, de peur de me retrouver à l'autre bout du pays accrochée au mât d'un navire ou au fond d'une cave. Ma première erreur fut sans doute d'avouer avec une légère hésitation mon hybridation. Je l'ai fait une fois, depuis je l'ai caché. Il n'y avait pas tant de quartiers que ça à Sycher, et je ne voulais pas me faire interdire l'accès à toute la ville. J'ai commencé à traîner dans les bars avant de faire leurs poubelles. Avec mes bolas j'improvisais de petits spectacles de rue qui me rapportaient de quoi manger de temps en temps un vrai repas. Et puis je me suis fait refaire le portrait par une bande de jongleurs et de musiciens qui se trouvaient faire la même chose que moi à deux rues de moi. C'est à partir de là que j'ai compris que pour mener la vie que j'avais choisie, j'allais avant tout devoir apprendre à me battre. Je me suis donc cantonnée pour ma pitance aux poubelles des bars que je fréquentais sans consommer. Je tentais d'y glaner des informations. Mais des informations sur quoi ? Où pouvait être emmenée une gamine de dix-sept ans par un grand éclair blanc en lisière de Bhürholz ? C'était peine perdue. J'errais. Je ne sais pas combien de temps j'ai passé dans la ville, quelques mois tout au plus. Je pense que j'avais dans l'idée de retourner dans le Bhürholz lorsque j'ai repris en sens inverse la piste qui menait vers le Nord. J'ai rejoint rapidement un groupe de voyageurs, de ceux qui ne laissent personne au bord du chemin, et je leur ai raconté à demi-mots mon histoire, ma recherche. Il me fallait retrouver une personne qui pouvait être n'importe où, ne possédait pas de signe distinctif, je n'avais pas d'argent, pas de talent particulier, pas de cheval ni même de chaussures dignes de ce nom, je ne savais pas me battre, et j'avais désespérément besoin de mettre toutes ces propositions à l'affirmatif.

-Tu as conscience que tout ce que tu veux est impossible ? m'avait alors dit l'homme à qui j'avais expliqué tout ça, alors que nous cheminions à travers le Bhürholz.
-Je sais, lui avais-je répondu. Je suis prête à tout sacrifier pour y arriver.
-Et tu sais que même avec ça, tu n'y arriveras pas ?
-Mais je le ferai quand même, parce que je n'ai rien de plus important.
-Vraiment rien ?
-Vraiment.

Il a gardé quelques instants le silence, semblant examiner soigneusement mes paroles, et surtout, la flamme de détermination qui brillait en moi alors que je soutenais sans ciller son regard.

-Dans ce cas, la seule chose qu'il te faille, c'est quelque chose au-dessus des possibles.
-Un miracle ? Je ne sais pas si j'y crois, mais c'est vrai qu'à présent, je ferais mieux d'y croire...
-Pas seulement un miracle. L'intervention d'une chose au-dessus des possibles.
-... de quoi parlez-vous ?
-D'un dieu.

Suivant ses conseils, j'ai commencé à fréquenter les voyageurs qui traversaient cette portion de Bhürholz, attendant un signe... D'après lui, les dieux ne se trouvaient pas dans les temples, mais dans quelques autels secrets, auquel seuls les élus et les chanceux peuvent espérer avoir accès. Je ne pouvais qu'attendre que quelque chose m'indique le chemin...
J'ai continué à traîner autour de la forêt, discutant souvent avec les voyageurs. C'est à cette période-là que j'ai compris que les gens étaient plus confiants face à un sourire et une mine sympathique. J'ai appris à déguiser mes émotions, à paraître moins entière, plus humaine en quelque sorte. Et puis un soir, dans l'un des campements des éternels voyageurs que je fréquentais désormais régulièrement, j'ai entendu parler d'histoires de disparitions. Je m'étais approchée de l'immense feu de camp, auprès duquel quatre ou cinq manants bavassaient autour d'une mauvaise bière.

-J'entends de drôles d'histoires par ici, dis-je en m'asseyant au milieu d'eux.
-Noerbeln raconte n'importe quoi ! s'amusa un grand gaillard, des cornes de démon tatouées sur les omoplates.

-Ecoute donc Ezilann, m'interpela le dénommé Noerbeln, un homme d'un certain âge aux longs cheveux bruns parsemés de mèches argentées et au bouc frétillant à chacune de ses paroles. J'avais déjà eu affaire à ce vieux singe. Un vieux chasseur qui était aussi une sorte de conteur dès qu'on lui offrait une quantité suffisante d'alcool. Mais ses histoires étaient, il est vrai, toujours intéressantes.

-Je sais que toi tu apprécies mes récits, ajouta-t-il en me tendant le tonnelet de bière.
-J'apprécie toujours l'utile et l'agréable. L'utile, vos récits, et l'agréable, la bière.

Et je laissais couler dans ma gorge plusieurs longues gorgées d'alcool frelaté.

-Mmh... Cela se passait au fin fond du Bhürholz, pas plus loin que cet hiver.

Aussitôt mon oreille se dressa, et on me prit sans résistance le tonnelet de piquette.

-Les gens disparaissaient, purement et simplement. Et pas seulement les gens. Un matin que je pistais un daim, je le vois, je le guette, pendant qu'il marche. Quand à un moment je le vois qui s'arrête, qui renifle quelque chose. Il marche et puis... plus rien !

Inconsciemment, j'avais coupé ma respiration.

-Alors, bon, moi, je bouge pas. Mais il se passe rien. Alors normalement, je serais parti, comme ça, sans rien dire. Mais là, j'avais pas mon petit doigt qui me disait qu'il y avait du danger. Alors je me suis pointé. Doucement, hein. Je m'approche, et à l'endroit exact où se tenait ma bête, je vois d'un coup un bout de ciel, en plein milieu de ma forêt !
-De... de ciel ?
-C'est comme je te dis Ezilann, un bout de ciel ! Et le temps que je comprenne, c'étaient des montagnes que je voyais ! Comme j'y comprenais rien, je me suis un peu approché. Et c'était un peu comme... un trou. Ou une porte, une fenêtre, ouverte dans le rien, et où on voyait d'autres choses à travers. Sûr que c'était bizarre ! A un moment ça devient un bout de forêt, mais pas la même que le Bhürholz. Même qu'il y avait de la neige là-dedans. Et devine qui j'y vois ?!
-Kal...
-Mon daim !

Je suis restée plusieurs secondes hébétée, avant de me rappeler de quoi parlait Noerbeln.

-Ah, oui, ton daim.
-Oui, mon daim ! Mais le temps que je bande mon arc, l'était plus là. C'était encore un bout de ciel tout vide que je voyais.
-Incroyable...
-Sûrement encore une saloperie de magie ! lança un autre des voyageurs, un grand type maigre à l'air décharné.
-Ptêt ben que oui, ptêt ben que non. Mais mon petit doigt me disait qu'il y avait pas de malice là-dessous hein, c'était juste un trou. Un trou dans le rien. Alors après ça, je suis parti sur une trace, parce que bon, c'est bien beau les trous, mais comme c'est vide, ça remplit pas les bourses. Mais j'y suis revenu à mon trou hein. Mon daim était plus dedans, mais je voyais souvent les mêmes endroits revenir. Même qu'une fois, pour voir, j'ai gravé un caillou et que je l'ai lancé dans le trou. Il a atterri dans le bout de forêt, l'autre, et à chaque fois qu'il revenait, je voyais mon caillou. Il avait pas bougé.
-Et il est où ce trou ? demandais-je sans masquer mon intérêt.
-Nulle part. Enfin, plus nulle part. Un jour j'y suis retourné et il était plus là. Et puis je suis sûr de pas m'être trompé d'endroit. Quelques jours avant ça, y'avait eu un grand éclair blanc, qui avait illuminé toute la forêt, alors que le ciel était bien bleu ! Ça avait un lien, qu'il m'a dit, mon petit doigt.

A ces mots, mon cœur s'accéléra. Un éclair blanc, comme à la disparition de Kal ! C'était sûrement ça !

-Mais il était vers où avant de disparaître, ce trou ?!
-Vers le Sud, hein, le Sud.

Mes épaules s'abattirent de dépit. Pourtant, ça semblait bien être la même chose. Peut-être y avait-il plusieurs trous ?

-Mais tu sais fillette, j'ai entendu parler de disparitions dans la forêt, à l'Est d'ici. Assez loin, à l'Est. C'est pour ça que j'en reparlais, tu sais. Mais c'est pas moi qui irait vérifier hein, mais mon doigt me dit qu'il y a pas de malice, pas de magie noire, pas de démons là-dessous. Mais du danger, ça, c'est sûr. Moi les trous, je m'approche plus, à part celui du tonneau.

Il marqua une pause, laissant les ivrognes rirent tout leur soûl.

-Alors, mon histoire t'a plus Ezilann, on dirait.
-Euh... oui... Une fascinante histoire...

Je me sentais comme brutalement réintégrer la réalité de ce campement bruyant, entre les braiments de ceux qui ne tenaient pas l'alcool et les discrets crépitements du feu.

-Fascinant...

Dès le lendemain, j'allais droit vers le levant. Le Bhürholz s'étendait, s'étendait à l'infini. J'ai même reconnu la route du village près duquel j'avais grandi, mais je ne me suis pas arrêtée, et je l'ai dépassé. La forêt devenait épaisse, dense, sombre et humide. Les chênes millénaires côtoyaient les enchevêtrements de ronces. Je suivais les percées des sangliers géants, marchant dans leurs traces immenses. J'y perdis ce qu'il restait de mes souliers, plusieurs lambeaux de mes vêtements et reçu à la place de nombreuses griffures de ronces et piqûres d'insectes. Lorsque je retrouvais un chemin, une route, je croisais quelques voyageurs qui m'avertissaient d'une bataille un peu plus au Sud ou un peu plus au Nord. Mais plus j'avançais, moins je croisais d'humains. La forêt se refermait sur moi au fil des jours. J'avais l'impression que j'allais marcher éternellement dans cette sombre forêt, perdue à jamais, tel un fantôme hantant l'ombre de ces bois. Au beau milieu de cette forêt infinie, soudain, une clairière s'était ouverte. Les frondaisons ne laissaient pas y entrer la lumière du soleil, mais les troncs s'étaient écartés pour laisser libre un espace moussu au centre duquel s'élevait une large table de pierre, cerclée de pierres dressées. J'ai pénétré l'enceinte de cette clairière, mes pieds nus et fatigués s'enfonçant dans la mousse épaisse et humide. Je passais entre les pierres dressées, jetant un regard curieux aux symboles gravés à même le roc. Ils ne ressemblaient pas à ceux que Kal m'avait appris à lire. Je me suis approchée de la table de pierre, qui s'élevait à hauteur de ma taille. A sa surface un immense cercle était profondément gravé, doublé d'un second, dans lequel était inscrit un carré parfait. Je me trouvais face à l'un de ses sommets, où entre les deux cercles concentriques se trouvait une inscription. Je déchiffrais dans cette écriture calligraphiée "Caestelis". Je commençais à faire le tour de la dalle gravée, mes pieds s'enfonçant dans la mousse toujours plus humide. Aux trois autres angles du carré se trouvaient les mots "Solum", "Klepsydros" et "Syndesmia". Les quatre grands dieux originels dont Kal m'avait parlé. Mes parents n'avaient jamais mentionné leur existence, c'était un savoir réservé aux humains. Et pourtant, j'étais là, face à cet autel dédié aux dieux créateurs, avec l'étrange conviction que je n'étais pas arrivée ici par hasard. Si j'en croyais les mots du voyageur, si j'étais parvenue jusqu'ici, c'était que les dieux m'avaient accordé une faveur. Et qu'il devait donc y avoir quelque chose qui permettrait de m'aider dans cet endroit. Je fis plusieurs fois le tour de la dalle, sans rien découvrir d'autre que de petites inscriptions inintelligibles sur le bord extérieur du cercle. Je m'intéressa alors aux pierres dressées, et m'aperçus que ce que j'avais pris pour des symboles étranges étaient en fait des lettres, fortement stylisées.

"C... R... E... O... non, A. Créa...T... UR... E. D... de. de... S... So... Solum ?!"

En-dessous se trouvait une représentation d'un démon, ses ailes pointues déployées de part et d'autre de ses cornes, ainsi qu'un long texte que je n'avais pas le courage de lire. Sur une autre pierre, je trouvais les anges, sur une autre, les humains, et finalement, je reconnus la représentation d'un homme affublé d'une queue de poisson. Interpelée, je commença à déchiffrer la légende.

"Hy... Hybr...i...de. Et au-dessus... Cré... Créature de... de... A, R, C, H, A, O, S."

Je me tus, comme figée par la foudre. Sous ces inscriptions, entremêlées au texte, d'autres figures mi-homme mi-animal étaient gravées. Et parmi elles, une femme aux crocs et aux griffes de loup, exactement comme mon grand-père. Convulsivement je saisis mon poignet, et fixais intensément mes ongles. Je les savais plus résistants et coupants que ceux de Kal. Comme des griffes.

C'était donc ça... Voilà pourquoi les humains haïssaient, méprisaient, exterminaient les hybrides. Créatures d'Archäos... créatures du mal et de la destruction... Avidement, je déchiffrais la suite du texte. Il décrivait l'histoire originelle des hybrides. Leur création par Archäos, dans le seul but de nuire aux autres créatures terrestres. Le châtiment d'Archäos. Mizphyr, le dieu des océans, qui avait accueilli les hybrides aquatiques en sa cité, les harpies qui s'étaient enfuies dans le désert, et les loups qui avaient envahi le Bhurhölz... Donc, il existait d'autres hybrides comme moi, comme mes parents, comme ma famille ? Peut-être se trouvaient-ils non loin, à m'observer ?
Par réflexe, je me suis retournée, et j'ai longuement observé la noirceur des bois. Rien. Évidemment. Mais en me retournant, j'aperçus comme un reflet, au centre de la table de pierre. Intriguée, j'ai grimpé. La pierre était glacée, et incroyablement lisse. Mes pieds effleurèrent les inscriptions, et je crus un instant les voir scintiller. Je me levais, et m'approcha à pas prudents du centre de la pierre. Ce ne fut qu'à deux pas de ce centre que je la vis. Une porte. Je me suis précipitée à genoux face à ce qui semblait être un trou pratiqué dans l'épaisseur de la pierre. Penchée au-dessus de l'ouverture, je pouvais observer une petite rivière qui semblait couler sous la dalle de pierre. Mais cette impression disparu lorsque l'eau fut remplacée par du sable doré. Une intense bouffée de chaleur s'échappa de l'ouverture et me prit en plein visage. J'eus le temps de voit un serpent glisser sur le sable avant que la scène ne s'efface et... qu'un bras jaillisse de l'ouverture ! Dans un réflexe sans doute salvateur, je me suis vivement écartée. Le bras, noir, armé de longues griffes rouge sang, tourna un moment dans le vide, puis réintégra l'espace derrière la porte. Je laissais passer de longues secondes, puis quand j'osais enfin jeter un coup d'œil, je contemplais la surface azurée d'un lac immense. Mon cœur cognait dans ma poitrine à toute allure. Que faire ? Attendre que le visage de Kal apparaisse à travers la fenêtre ? Me jeter dans l'ouverture en espérant que les dieux m'apportent leur aide et que j'atterrisse auprès d'elle ? Et si c'était le propriétaire du bras cauchemardesque que je retrouvais ? Après un moment de réflexion, je me suis dit qu'il serait idiot de repartir maintenant, et de laisser tomber ce qui serait peut-être ma seule et unique piste. J'ai rassemblé mon courage en attendant de voir passer un paysage qui me semblerait propice. Mais alors, j'ai entendu pour la première fois une voix...

-Attends Ezilann !

Je me suis retournée d'un coup, montrant les crocs. Mais rien. Il n'y avait personne.

-Grrrr...
-N'y va pas comme ça, tu courrais à ta perte.

Je remarqua à ce moment un léger scintillement, sur le bord de la dalle. Je m'y suis précipitée pour voir briller, entre Klepsydros et Syndesmia une inscription illisible.

-Es-tu une déesse ?! m'écriais-je.
-Oh, non, je n'ai pas un tel rang...

Je me recroquevillais sur place, me sentant observée de partout à la fois. Il m'était impossible de localiser l'origine de cette voix.

-Es-tu un ange ?
-Non, je suis bien différente d'une créature terrestre. Même d'un ange.

Suspicieuse, je ne t'ai pas crue de prime abord. Mais je ne savais que faire.

-En tout cas, tu ne partiras pas. Pas maintenant.

Instinctivement je me suis retournée vers la porte qui disparu sous mes yeux, sans un bruit, sans un souffle.

-NON !

Je me suis jetée dessus, mais me suis durement heurtée à la pierre glacée. Retenant des larmes de rage, je me suis levée, et j'ai hurlé :

-Pourquoi t'as fait ça ? Kal était là-bas !! Graaaaaar !!
-Non, Kalaka n'y était pas...
Un instant, les mots me manquèrent.
-Tu... vous... Comment savez-vous... ?
-Tes pensées me sont un livre ouvert.
-...Qui êtes-vous... ? Mon gardien ?
-Considère-moi comme une alliée. Car je peux te permettre de revoir Kalaka.

Le temps s'arrêta.

-Kal... vous... que, qu'est-ce que Kal, qu'est-ce que vous avez à voir avec Kalaka ?
-Moi ? Rien du tout. Je n'ai de lien avec rien, ne suis rien, ne signifie rien. Mais je sais tout. Je sais où est Kalaka comme je sais où tu es. Je connais ce qui vous unie... Un bel amour... Comme je n'en vois que trop peu.
-Que, qu'est-ce que ça a à voir avec ça ?! m'énervais-je stupidement en l'entendant parler comme si de rien n'était de nos sentiments.
-Paix, Ezilann, car je suis ton alliée. Enfin, je peux le devenir... si tu le souhaites. Et crois-moi, tu as absolument tout à y gagner. Car je peux sans problème te conduire à elle.
-A... à Kal ?
-Oui, bien sûr, à Kal. Regarde.

Juste devant mon nez une image apparu dans le néant. Kal était là. Là, juste devant moi, et elle semblait... inquiète. Mais le temps que je m'avance vers elle sans y penser, l'image s'était évanouie.

-Qu'est-ce que c'était ? Une illusion ?
-Pas du tout, une simple image... Une image de ta belle, telle qu'elle est actuellement. Elle est en train d'apprendre la magie pour survivre là où elle a atterri... et pour pouvoir un jour te revoir.
-C'est donc possible !
-Rien est impossible a qui a le savoir. Et je suis le Savoir. Et je sais que si vous faites chacune de gros efforts, ils seront récompensés.
-De gros efforts... J'en ferai. Apprends-moi la magie !
-C'est impossible.

Il me fallu plusieurs secondes pour retrouver la parole, estomaquée.

-Pourquoi ?!
-Parce que tu n'es pas naturellement douée pour ça, contrairement à Kalaka. Non, pour toi, les efforts devront prendre une autre forme.
-Cesse de parler par énigmes ! Que dois-je faire ?
-Très bien...

L'instant d'après, le temps me sembla ralentir, alors que l'esprit distillait avec un plaisir évident ces simples mots dans ma tête :

-... des sacrifices.

***

La nuit était tombée. La pierre dure et glacée contre mon dos engourdissait mes sens. C'était peut-être mieux. Je fixais la pleine lune et la cime des arbres, me concentrant sur ce que j'allais devoir accomplir dans quelques instants. Suivant les indications de cette voix mystérieuse, j'avais tracé des sillons dans la terre tout autour du tertre avec une fine branche de chêne trouvée à terre. J'ai allumé un feu avec les pierres que m'avait offert un voyageur quelques semaines plus tôt, et ai dispersé des branchages incandescents aux extrémités du carré gravé. Enfin, j'ai gardé une poignée de braises rougeoyantes que j'ai posé à côté du centre de la dalle de pierre, et m'y suis allongée, selon l'axe que la voix m'avait indiqué. Après contemplation des étoiles, j'ai compris que ma tête était orientée plein Nord. "La direction des épreuves" disait le vieux Noerbeln. Nul doute qu'il avait entièrement raison.

-Lève la main gauche vers le ciel.

Je m'exécutais, le cœur accélérant aussitôt, et tendis ma paume vers le ciel sans fond.

-Je vais énoncer les termes du pacte. A chaque fois que je te le demanderai, dis "J'accepte." Supporte la douleur et la perte, et au bout du chemin, tu auras ce que tu désires.
-Très bien.
-Tu es prête ?
-Je l'ai toujours été.

Face à moi, le ciel sembla rougeoyer. L'air s'enflamma au-dessus de mes yeux, et il me sembla discerner un regard pénétrant au milieu des arabesques brûlantes.

-Ta destinée sera mienne, tu seras mon œuvre et mon objet. Sans limite je contrôlerai tes gestes, et ta route sera tracée à jamais. Ta volonté entière sera soumise à la mienne, et jamais tu ne songeras même à te soustraire à ce pacte. Ainsi en sera-t-il, jusqu'à la fin. Ce chemin qui t'est tracé te mènera à Kalaka, quels que soient les détours et quelles que soient les épreuves. Jamais elle ne t'échappera. Inéluctablement, tu la retrouveras. Acceptes-tu ces termes ?
-J'accepte.

Aussitôt que j'eus prononcé ces mots, une langue de feu s'échappa de l'air brûlant, s'enroula autour de mon bras levé, et se planta violemment dans ma chair. Je hurlais. Mon épaule, mon bras, mon coude étaient en feu, comme s'il y coulait du plomb en fusion. Des milliers d'aiguilles pointues et empoisonnées perçaient ce bras de part en part. Au milieu de cette innommable douleur, mon regard révulsé aperçu une forme noire s'approcher de mon bras. Sans que je puisse y échapper, elle entra en contact avec ma peau enflammée. La douleur fut multipliée par mille. Je n'entendais même plus mes hurlements. Le fer noir s'enfonçait lentement dans ma chair, lacérant mes muscles et se gravant jusque dans mes os. Lorsqu'enfin la douleur diminua, la morsure froide de la nuit pansant ma blessure vive, mes yeux rougis se tournèrent vers ce que je croyais n'être plus que le souvenir de mon membre meurtri. Mais mon bras était là, intact, bien que ma peau soit aussi rouge que mon sang qui s'écoulait lentement d'une profonde entaille pratiquée dans ma chair, à quelques centimètres de mon épaule. Même mes os me faisaient souffrir. Pourtant, je restais à peu près lucide, concentrée, pour mener à bien le pacte, jusqu'au bout. Je me concentrais sur cette large coupure qui déchirait mon muscle. A coup sûr, la cicatrice serait impressionnante. Voilà la marque que cela me laisserait. Une marque qui, je le voyais déjà, prendrait la forme inquiétante d'un oiseau fondant sur sa proie.

-Tous tes souvenirs d'avant ce soir seront effacés. Il ne te restera que quelques images fugitives de votre enfance, et celui de cette nuit blanche, où tu t'es jurée de la retrouver. Mais de ce qui te lie à elle, de tout ce que vous avez vécu et partagé, il ne te restera rien. Tes sentiments et la plupart de vos souvenirs communs te seront rendus lorsque tu la retrouveras. Mais tout ce qui concerne ton enfance ne te sera rendu que longtemps après ta propre mort. Jamais tu n'oublieras le but de ta quête, jamais rien ne te paraîtra plus important que la revoir, jamais. Tes derniers souvenirs te hanteront dans ton sommeil, et la moindre trace de son passage te sautera aux yeux et restera gravée en toi. Acceptes-tu ces termes ?
-J'accepte.

Aussitôt, une deuxième langue de feu se détacha de la sphère éblouissante, et vint me frapper le cœur, me traversant la poitrine de part en part. Je poussais un hurlement qui déchira la nuit, un sursaut me détacha de la pierre qui semblait me brûler, et je retombais douloureusement, le feu dévorant mon cœur à toute vitesse. Je sentais un puissant mal de tête me prendre, comme si les flammes avaient remonté le long de ma nuque pour me dévorer l'intérieur du crâne. Je rappelais à moi tous les souvenirs de Kalaka, son sourire, ses leçons, ses bras fins qui me serraient si fort et la douceur de sa peau contre la mienne. Je savais que bientôt, tout cela j'allais le perdre. J'hésitais presque à continuer, mais tandis que la marque d'une chaîne se gravait profondément sur ma poitrine, je savais que je ne pouvais que poursuivre, jusqu'au bout, puisque les destins de moi, Kal, et de cette mystérieuse voix, étaient désormais liés jusque par delà la mort. Je serrais les dents, retenais mes larmes dans mes yeux, et me jura de ne plus crier jusqu'au bout. La douleur diminua, et la pierre glacée me mordit et me soulagea à la fois. Une chaîne parcourait à présent mes seins, et était nouée sur l'emplacement de mon cœur. Celui-ci était désormais entièrement dévoué à Kal. Parfait...

-Tu ne craindras pas les blessures ni les coups. La douleur te sera inconnue, et nulle lame ne pourra arrêter ton cœur, puisque celui-ci sera déjà figé pour l'éternité. La vie ne t'habitera plus, pas plus que la magie. Mais malgré ton immunité, tu craindras la lumière du jour et la compagnie des hommes comme celle des bêtes. Acceptes-tu ces termes ?
-J'accepte.

Je crus que ma main droite se sectionnait. Un cercle d'épines pointues entailla mon poignet.

-Tu auras le pouvoir de voyager au-delà des limites habituelles des hommes. Mais tu ne pourras voir, savoir, ni choisir où tu iras, quand tu partiras, qui tu rencontreras. Acceptes-tu ces termes ?
-J'accepte.

Toute la nuit, les serments s'enchaînèrent, se combinèrent, et me marquèrent. Les heures passaient, la douleur n'était plus qu'une vague sensation diffuse qui embrumait ma vue. La pierre était devenue tiède et gluante, imbibée de sang. Parfois je crachotais, et de petites bulles sanguines éclataient au coin de mes lèvres. La nuit avançait, profonde et glaciale, et les serments que j'acceptais étaient de plus en plus mystérieux et incompréhensibles. Je ne les écoutais qu'à peine.

-Tu ne pourras révéler le but de ta quête et les serments qui t'enchaînent qu'à ceux que j'aurai choisi. Et cela ne sera pas toujours à ton avantage. Acceptes-tu ces termes ?
-J'accepte.
-Même une fois ton vœu exaucé, tout ton temps m'appartiendra. Même une fois ta véritable fin arrivée, tu ne pourras être totalement libre. Mais le moment viendra, au-delà de la fin, où tous tes souvenirs, tes véritables souvenirs, te seront rendus. Acceptes-tu ces termes ?
-J'accepte.

Je ne sais pas combien de temps tout cela a duré. Tout ce que je sais, c'est qu'à un moment, le soleil s'est levé. Ses rayons dorés ont frappé le spectre de flammes, tout est devenu blanc, strié de rayons multicolores et de bruits discordants.

-A présent Ezilann, oublie tout ce que tu as été. Ta vie va à présent commencer. Ezilann Okinoyan, tu vas parcourir le monde. Tu vas découvrir de nombreuses personnes, participer à de nombreuses aventures, ta vie va être fascinante et dangereuse. Mais n'oublie pas que je te regarde, te protège, et te guide sur le chemin que je t'ai choisi. Acceptes-tu cette vie ?
-J'accepte.

Et au moment précis où j'ai prononcé ces mots, tout est devenu noir dans ma tête. Tout s'est effacé. Mes poumons se sont mis à me brûler alors que l'air s'en échappait à toute vitesse, je suffoquais, je suis tombée à terre, et, au moment où ma tête a touché le sol... mon cœur s'est arrêté.

***

Lorsque je me suis réveillée le lendemain matin, j'ai aussitôt porté les mains à mon crâne. Il était douloureux. Et je pouvais sentir un énorme vide à l'intérieur de moi. J'ai compris rapidement ce qu'il me manquait à l'instant où j'ai posé la main sur ma poitrine. Elle était silencieuse et glacée.
Je me souvenais de la soirée de la veille... à partir du moment où je me suis allongée sur la table de pierre, alors qu'il faisait déjà nuit. Avant ça, rien. Le trou noir. En cherchant dans les recoins de ma mémoire, j'ai retrouvé le souvenir de la fameuse nuit blanche... celle où j'ai perdu Kalaka.
Oui. C'est ça. Il fallait que je retrouve Kalaka. Qui était-elle ? Pourquoi devais-je la retrouver ? Impossible de m'en rappeler. J'ai cru devenir folle, d'avoir oublié une chose aussi importante. Et puis, je me suis souvenue que j'étais contrainte d'oublier cela, et j'ai arrêté de chercher. Il ne me restait d'elle que quelques souvenirs d'enfance fugitifs. Elle était un mystère. Mais étrangement, le fait de ne pas savoir me donnait encore plus le besoin de la retrouver. Pour savoir. Pour comprendre. Et à l'instant où je parvenais à cette conclusion, je sus que ma vie n'aurait d'autre sens que de la retrouver.

Ainsi débuta mon voyage et ma quête.


Inventaire initial :
-Un sac en bandoulière de toile couleur terre, contenant
->quelques vêtements
->quelques restes de viande séchée
->une outre d'eau
->une petite outre de mauvais alcool
->une petite bouteille en verre épais d'alcool à brûler

-une paire de bolas

-des vêtements 8D une cape de toile brune et une paire de solides bottes de cuir

Musique de thème : Deepest Wood

Quelque chose à ajouter ?: Et je l'auto-valide *tire la langue*


Dernière édition par Ezilann le Mer 4 Aoû - 20:29, édité 5 fois
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MessageSujet: Re: Mon aventure commence par ma mort /o/   Dim 1 Aoû - 11:26

Faudrait mettre la fiche à jour, les champs ayant changés entretemps 8D
(Encore de l'hexa, pour la couleur ? Rhalala, les jeunes, de nos jours, ça se complique la vie =p *ZBAF* )
De plus, la couleur est déjà prise ^^

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"Mwhahahahaha !"
"Prosternez-vous et implorez. Peut-être votre mort sera-t-elle sans douleur."
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Sytri

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MessageSujet: Re: Mon aventure commence par ma mort /o/   Dim 1 Aoû - 11:48

Ta couleur de dialogue, #008000, est sensiblement la même que Green, la couleur de Sofia. (pour ne pas dire la même) Donc désolée mais je vais devoir te demander de changer. x_x
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Ezilann
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MessageSujet: Re: Mon aventure commence par ma mort /o/   Dim 1 Aoû - 23:56

J'avais pas fait gaffe, désolée. Changé pour #005000
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MessageSujet: Re: Mon aventure commence par ma mort /o/   Lun 2 Aoû - 2:41

Par contre, faudra juste que tu rajoutes les balises de gras, que tu enlèves les champs "aime/n'aime pas/origine", et que tu penses au mot de passe 8D
Ensuite, je lirai. *zbaf*

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MessageSujet: Re: Mon aventure commence par ma mort /o/   Lun 2 Aoû - 3:53

Edité, à bas le copier/coller -_-
elle est vraiment moche cette fiche ToT pardooon
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MessageSujet: Re: Mon aventure commence par ma mort /o/   Mar 3 Aoû - 23:01

Citation :
-Es-tu une déesse ?! m'écriais-je.
-Oh, non, je n'ai pas un tel rang...

Je me recroquevillais sur place, me sentant observée de partout à la fois. Il m'était impossible de localiser l'origine de cette voix.

-...mais je fais partie de leur sphère.
Bof, ça me plait pas trop. Autant, que ce soit un simple Esprit malicieux, d'accord... mais qui fait partie de la sphère divine, heu.. XD

Citation :
-Je te connais par cœur Ezilann. Je suis la première celle qui t'a vu naître.
Ça me parait étrange aussi. A moins que les esprits n'aient rien d'autre à faire que d'assister aux accouchements des créatures terrestres 8D *zbaf*

Enfin, ton personnage ne peut pas être considéré comme Vampire, vu qu'il n'est pas non-mort, n'ayant pas perdu la vie pendant son pacte.

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MessageSujet: Re: Mon aventure commence par ma mort /o/   Mer 4 Aoû - 20:31

Edité pour la première citation.

Pour la deuxième, si on considère l'intérêt que porte l'esprit à Ezilann, ce n'est pas si étonnant qu'il ait tout surveillé depuis sa naissance. Non ? Bah, si tu penses que non, j'éditerai.

Ah, et si elle est morte durant le pacte. Vu que ça avait pas l'ait d'être clair j'ai édité les deux derniers paragraphes.
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MessageSujet: Re: Mon aventure commence par ma mort /o/   Mer 4 Aoû - 21:36

Mais en gros, ton personnage est une sorte d'élue dans le sens où elle à la chance d'avoir un Esprit qui lui a été assigné dès la naissance ?

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MessageSujet: Re: Mon aventure commence par ma mort /o/   Mer 4 Aoû - 22:29

J'aime pas ce mot x_x mais on peut le prendre comme ça. Et si ça te plait pas je peux modifier un peu les termes, et si ça te plait pas dans l'idée je peux changer de personnage >>

EDIT : Je vais remanier l'histoire, ça sera mieux. Mais quand je serai débloquée

EDIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIT : j'ai modifié l'histoire entre

Je me suis retournée d'un coup, montrant les crocs. Mais rien. Il n'y avait personne.

et

-... des sacrifices.

puis de

Lorsque je me suis réveillée le lendemain matin, j'ai aussitôt porté les mains à mon crâne.

à la fin.

Entre les deux, j'ai juste changé la formulation des pactes. Voilàààà
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MessageSujet: Re: Mon aventure commence par ma mort /o/   Ven 27 Aoû - 0:39

Ça me semble bon.
Par contre : ton pacte te rend potentiellement, toi et Kalika, invincibles.
Puis, c'est quoi au juste, l'entité qui t'a parlé ? un Dieu mineur/Esprit qui veillait sur ces lieux ?

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MessageSujet: Re: Mon aventure commence par ma mort /o/   Ven 27 Aoû - 5:43

C'est sûr que si je le dis pas, on peut pas le deviner, mais l'esprit n'est pas aussi puissant qu'il le croit lui-même. Disons que les morts accidentelles type porte de placard sont évitées, mais face à quelqu'un de plus fort qu'elle (ce qui est pas très dur) qui veut la buter, l'esprit ne pourra pas faire grand chose, en fait. Disons que tout ce qui a une volonté de lui faire du mal peut l'atteindre. Ce qui pourrait lui faire du mal par hasard est écarté, dans la plupart des cas. Voilà. C'est bon comme ça ? =D

Puis le machin qui parle, bah, c'est pas assez fort pour être un demi-dieu, donc une sorte d'esprit désincarné... un truc magique mystérieux et zarbi

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MessageSujet: Re: Mon aventure commence par ma mort /o/   Ven 27 Aoû - 6:48

Bon bah moi ça me semble bon. Si Nyaki valide aussi... tu seras validée o/

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MessageSujet: Re: Mon aventure commence par ma mort /o/   Sam 28 Aoû - 13:22

Une mort type "porte de placard" ? XD

Pour moi c'est bon maintenant.~
Tu peux t'auto valider. o/

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Sarahnia Devengeen

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MessageSujet: Re: Mon aventure commence par ma mort /o/   Sam 28 Aoû - 21:43

Genre je dois me valider toute seule bande de feignants /PAF/ Bah je le ferai dans le journée. En tout cas, merci beaucoup ^_^ *donne un llama à Numby* *donne un mouton à Nyaki*

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